danse masquée du cambodge

Le puissant Empire Khmer a laissé un grand héritage au Cambodge, des édifices d’une beauté immortelle mais aussi des empreintes artistiques extraordinaires. L’art khmer a connu son apogée au Cambodge entre le IXe et le XVe siècle. Il est considéré comme l’un des plus diversifiés et abondants de l’Asie du Sud-Est. Lié étroitement à la croyance animiste indigène et aux religions hindouiste et bouddhiste, le théâtre traditionnel coule toujours dans le sang des Cambodgiens, tant que les montagnes seront sur Terre et que les rivières traverseront le pays vers la mer. 

Lakhon Khol théâtre du Cambodge

Le théâtre cambodgien, appelé Lakhon, est composé de nombreux genres différents. En effet, il existe trois catégories principales : classique, folklorique et moderne. Avec le ballet royal et le théâtre d’ombres, dont nous avons parlé dans nos derniers articles, la danse masquée, ou Lakhon Khol, figure parmi les trois formes d’art les plus typiques du théâtre classique

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La danse masquée, de la cour royale aux villages

Lakhon Khol théâtre du Cambodge

Alors que le ballet royal est joué par des femmes, le Lakhon Khol est réalisé exclusivement par des hommes. Cet art emploie des masques en papier mâché peints de manière décorative et dorée couvrant la tête entière des danseurs qui jouent les rôles de démons et de singes. La première troupe de danseurs fut formée sous le règne du roi Ang Duong au début du XIXe siècle. La danse devint un art royal et était mis en scène à la cour jusqu’à sa disparition après la mort du roi. 

Elle fut ensuite reconstituée dans un contexte plus modeste, au cœur des villages cambodgiens où la subsistance des habitants dépendait principalement de l’agriculture. Le Lakhon Khol constituait un théâtre dont l’expression rituelle visait à renouer les liens entre la population locale et les Neak Ta – les esprits protecteurs de la prospérité, des terres et des récoltes. Ainsi, ses représentations se déroulaient traditionnellement à l’occasion du nouvel an en avril qui correspond au passage de la saison sèche aux pluies des moussons, au moment de la pousse des cultures. Les performances du Lakhon Khol manifestaient les vœux des villageois qui souhaitaient commencer une nouvelle année et une saison des cultures sous des augures favorables. Les locaux pensent que si les esprits sont satisfaits du spectacle, ils béniront les villageois. Sinon, les danseurs s’arrêtent, la musique se poursuit tandis que les gens écoutent attentivement les murmures des esprits. 

Lakhon Khol, un vestige de la culture hindouiste

théâtre du Cambodge

Les reliefs en pierre des temples cambodgiens datant du Xe siècle représentent des scènes d’une épopée  d’origine indienne, le Ramayana. Son texte littéral dans sa version khmère, appelé le Reamker, constitue une source d’inspiration pour divers genres de théâtre cambodgien. La danse masquée et le théâtre d’ombres Sbek Thom incluent des épisodes du Reamker dans leur répertoire bien que chacun se concentre sur différents épisodes. L’histoire des représentations du Lakhon Khol est centrée sur Rama, une incarnation du dieu hindou Vishnu, et le sauvetage de sa femme kidnappée, Sita. Après avoir sauvé Sita du roi démon Ravana avec l’aide d’une armée de singes gérée par Haruman, Rama rentra chez lui en triomphe pour revendiquer son trône. 

danse masquée Lakhon Khol du Cambodge

Une équipe de Lakhon Khol peut se composer de plus de 100 personnes, comprenant des danseurs, narrateurs, chanteurs choraux… Les danseurs représentent des héros ou des héroïnes et doivent maîtriser parfaitement la danse classique tandis que les personnages jouant les singes imitent des mouvements animaliers. Les personnages de démons, quant à eux, sont caractérisés par la position de leurs jambes pliées, typique du ballet classique et maîtrisent les arts martiaux. Durant la performance, les artistes portent des masques qui les transforment en personnages. Les différentes scènes nécessitent également différents masques, qui reflètent l’expression et les sentiments des personnages au moment de la scène. 

Les rôles de démons et de singes sont traditionnellement joués par les hommes portant des masques décoratifs. Le masque de démon est généralement teinté en rouge vif ou en vert avec des cornes venant de sa tête alors que celui de signe est représenté par un homme vêtu d’un masque blanc orné de traits semblables à ceux d’un singe. Puisque chaque masque représente un personnage et une expression, la fabrication des masques nécessite une connaissance précise de l’anatomie faciale et beaucoup d’habileté et de minutie. 

Les masques, l’âme du Lakhon Khol

Le masque est appelé en langue khmère « Khmok », le fabricant de masque, quant à lui est nommé « Chaeang Khmok ». Généralement, la fabrication d’un masque prend entre trois et cinq semaines. Ce travail délicat et complexe exige finesse et patience. 

La fabrication du masque Lakhon Khol

La fabrication commence en formant un moule en ciment pour la structure principale de la tête. Des couches de papiers imbibés de colle sont ensuite placées dans le moule. Au moins dix couches sont nécessaires pour cette étape. Le masque de papier mâché est retiré du moule et laissé à sécher avant l’application de la résine et de la laque. Ce processus consiste à compléter les ornements et la coiffe du masque. Celui-ci est ensuite minutieusement peint avec des couleurs vives et incrusté de feuilles d’or, lui donnant son identité et son caractère typique. 

La fabrication du masque de Lakhon Khol

Les masques sont devenus un héritage culturel du théâtre cambodgien. Lorsque l’on voit des masques élaborés de singe ou de démon, on sait qu’il s’agit de la culture khmère. Leur fabrication traditionnelle continue d’être transmise de génération en génération pour promouvoir la danse masquée Lakhon Khol mais surtout pour conserver cette forme de théâtre classique qui est en voie d’extinction au Cambodge. 

Lakhon Khol, un patrimoine national du Cambodge

théâtre du Cambodge

Avant la domination et le génocide du régime de Khmer Rouge des années 70, il existait jusqu’à huit troupes de danse masquée dans les villages au Cambodge. À la suite des ruptures imposées par les années de guerre, il semble qu’un seul groupe ait survécu aux guerres. La troupe du village Svay Andet, situé à 10km à l’est de Phnom Penh sur le Mékong, valorise toujours leur pratique et contribue à faire du Lakhon Khol un objet de patrimoine et de l’identité culturelle dont il représente la facette locale. 

Lakhon Khol fut inscrit en 2018 sur la liste du patrimoine immatériel nécessitant une sauvegarde urgente. Ainsi, tous les efforts de la communauté et du gouvernement cambodgien sont nécessaires pour sauver cette pratique et l’enregistrer comme une particularité du patrimoine cambodgien à part entière ! 

C’est pourquoi assister à un spectacle de Lakhon Khol est aussi un moyen de sauvegarder cet art traditionnel !

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