Le batik chez les Hmong

Le batik indigo : une tradition H’mong ancestrale

Depuis longtemps, les H’Mong Noir au nord du Vietnam décorent de motifs leurs vêtements pour représenter leur culture et leur vie quotidienne. Le costume traditionnel de cette ethnie est célèbre pour le tissage artisanal du chanvre et surtout la technique particulière du batik à la cire d’abeille. En admirant le batik fabriqué par les talentueuses femmes H’mong, on reconnaît leur habileté et leur attention portée aux détails impliqués dans ces superbes créations. Chaque batik est unique car les artisans ne suivent aucun guide ni modèle autres que leur propre créativité. Voici une vidéo sur le processus traditionnel de fabrication de vêtements, du tissage au produit fini, au village de Lung Tam de la province de Ha Giang:

La technique du batik depuis mille ans

Le batik, une technique de teinture à la cire, fut une forme d’art antique existant depuis des siècles. En effet, il y a plus de 2400 ans, les Égyptiens utilisaient une sorte de batik pour envelopper les momies. Puis la pratique se répandit rapidement en Chine, en Inde, au Japon et en Indonésie. La fabrication de batik se retrouve dans de nombreux pays, cependant, cet art traditionnel était très développé et atteignit son apogée dans l’île de Java en Indonésie. Par conséquent, le mot « batik » est d’origine javanaise, combinant les mots : « amba » (écrire) et titik (dot). Considéré comme un symbole national, le batik est reconnu par l’UNESCO comme l’un des patrimoines culturels de l’Indonésie.

Le batik chez les Hmong

En Chine, le batik a été pratiqué majoritairement par les ethnies vivant dans le sud-ouest du pays, dont l’ethnie des Miao. Au XVIIe siècle, l’ethnie H’Mong, un sous-groupe de Miao, immigra et installa au nord du Vietnam en apportant avec eux la pratique du batik. Mais au fil du temps, ils développent leur propre méthode. Ainsi, les motifs et la technique des H’Mong s’adapta aux coutumes et à la culture locale. Les vêtements des H’Mong sont généralement confectionnés quelques mois avant l’arrivée du nouvel an lunaire en février.

À cette occasion, les femmes peignent sur leurs vêtements des motifs emblématiques exprimant leurs vœux pour la nouvelle année. Par exemple, le motif du hameçon représente le souhaite d’un mariage d’une jeune femme ou le symbole d’une maison se traduit la réunion familiale. D’ailleurs, les motifs géométriques reflètent le respect des locaux envers le ciel, la terre, les dieux ou encore les esprits.

Le batik H’Mong, sa décoration à la cire d’abeille

Le chanvre, matière du tissage chez les Hmong Pour le batik traditionnel, on utilise des tissus fins aux fibres naturelles. Principalement de chanvre, la matière la plus commune au nord du Vietnam. Les fibres de chanvre ressemblent à de la paille et il est difficile de croire qu’elles peuvent être transformées en un tissu aussi solide et durable. De la récolte, en passant par les nombreuses étapes du traitement, il faut plusieurs mois pour les transformer en une étoffe  exceptionnelle.

Le tissage

Après avoir préparé le tissu en veillant à ce qu’il soit bien repassé, on confectionne le batik en utilisant la cire d’abeille fondue pour peindre sur sa surface. Afin de réaliser des motifs aussi fins et délicats, les artisans utilisent un outil ressemblant à un stylo, appelé « tjanting ». Sa pointe se compose de deux pièces de cuivre minces et lisses se faisant face et fixées sur une manche de bambou. On le trempe directement dans un bol de cire d’abeille chaude mis toujours sur un charbon de bois, puis appliquée en filet sur le tissu.

Le batik chez les Hmong

La technique de la teinture à l’indigo chez les H’Mong

Le batik chez les Hmong Bien que le tissu, après la peinture, ressemble à une œuvre d’art sophistiquée avec des motifs de cire marron sur fond blanc, le produit ne serait pas complet sans l’étape de coloration. Étant la couleur représentative des costumes des H’Mong, l’indigo est fabriqué méticuleusement et manuellement à partir d’ingrédients naturels.

En effet, celui-ci est généralement extrait de l’indigotier, une plante facilement trouvée près de chez les locaux. Les branches et feuilles fraîches de l’indigotier sont hachées et mélangées avec de la poudre de chaux. Après le trempage dans l’eau pendant quelques jours, ce mélange devient une sorte de pâte se déposant au fond du bain. Ce pâte est filtré du liquide est puis mélangé avec de l’eau de cendre purifiée, du vin de riz et d’autre feuilles pour renforcer la couleur.

Ensuite, l’étoffe peinte à la cire est plongée dans le bain d’indigo pour la teinture qui peut durer plusieurs mois. Le tissu est trempé dans le mélange et puis séché au soleil, cette opération est effectuée à plusieurs reprises jusqu’à ce qu’il atteint l’intensité de la couleur désirée. La cire déjà refroidie et sèche résistera aux teintures en gardant la partie avec des motifs dans la couleur originale. Lors du séchage, il faut être prudent parce que si la cire est craquelée ou fondue par la chaleur du soleil, l’indigo envahit les motifs et les rend flous. Enfin, une fois la coloration terminée, le tissu est retrempé dans de l’eau bouillante pour que la cire d’abeille fonde et révèle les motifs recouverts.

Le batik chez les Hmong

L’association BATIK International

Aujourd’hui, avec le développement de la technologie, l’art du tissage de chanvre et du batik est progressivement remplacé par l’arrivée des vêtements synthétiques et des tissus modernes de Chine. C’est dans ce contexte que le projet de BATIK International est né. Dans le but de préserver et de valoriser ce savoir-faire traditionnel ainsi tout en améliorant les conditions de vie des ethnies dans les régions les plus reculées, l’association met en place différents projets internationaux d’aide dans les domaines de l’emploi, la formation professionnelle et la création d’activité.

Nous vous invitons donc à découvrir la technique traditionnelle du tissage et du batik des locaux de Can Ty et Lung Tam en collaboration avec le BATIK International :

> À la rencontre des H’Mong Bleu

2 réponses
  1. Catheline Theriault
    Catheline Theriault dit :

    Merci de ces précieuses informations. J’ai suivi deux jours d’enseignement pratique avec la maître en Batik de la coopérative Hok pop Tok à Luang Prabang Laos. E fut une expérience d’une richesse incroyable. Étant moi-même la 12ème d’une famille d’artisantes je veux continuer cette pratique et mettre en valeur la culture du Batik HMong dans ma région. Je n’ai pas eu l’occasion d’y retourner avant mon retour au Quebec, et d ce fait , je n’ai pas acheté le tjanting. Comme je veux continuer cette pratique , comment puis-je me procurer ce tjanting.

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    • Benjamin
      Benjamin dit :

      Bonjour Catheline,

      Merci beaucoup pour votre commentaire ! Quel superbe projet de transmettre cet artisanat au Québec ! En revanche nous n’avons pas d’informations sur comment se procurer le tjanting au Québec. En effet, il serait plus facile de le trouver sur place ! Nous vous souhaitons beaucoup de succès dans cette aventure et nous serions ravis d’en découvrir plus ! 😀

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