Les arts martiaux vietnamiens

Les arts martiaux vietnamiens, plus qu’un sport, un style de vie

Les arts martiaux sont un véritable patrimoine culturel au Vietnam. Au travers de l’histoire, on retrouve de nombreux styles d’arts martiaux créés par les Vietnamiens ou introduits dans le pays, qui se sont au fil du temps adaptés à la culture, la philosophie et la morphologie des locaux. Ils sont constitués d’une multitude de techniques de combat, de pratiques et de styles, développés au Vietnam au fil des années. Les arts martiaux traditionnels vietnamiens sont étroitement liés à l’histoire du pays. Les pratiquer permet de mieux appréhender l’histoire nationale, la culture et la mentalité de tout un peuple.

Les arts martiaux au cours de l’histoire du Vietnam

Le Vo Thuat de sa naissance à son apogée

Les invasions mongoles au VietnamLa tradition des arts martiaux ou Vo Thuat telle qu’elle existe aujourd’hui est une compilation de milliers d’années de pratique et d’innovations. Sur les anciens bronzes de Dong Son on retrouve l’existence de techniques guerrières pratiquées par les anciens Vietnamiens dès la préhistoire en utilisant des armes simples. Ces techniques commencèrent à s’affiner et à se développer pendant la dynastie des Hung Vuong (entre 2879 et 258 av. J-C). Il est supposé que les arts martiaux vietnamiens aient été créés durant cette période en se basant sur l’apprentissage des techniques d’armes simples comme la hache, le poignard ou l’arc.

1000 ans après la première occupation chinoise (de 111 av. J-C à 938 de notre ère), le Vo Thuat absorba des vagues d’influences chinoises et indiennes. Ses techniques atteignirent un haut niveau et sa pratique reposa sur un esprit empreint des principes de trois courants philosophiques : taoïsme, confucianisme et bouddhisme. La pratique des arts martiaux permettait d’obtenir une bonne force physique et un grand calme mental. Lors de la dynastie Tran (de 1225 à 1400), les arts martiaux étaient à leur apogée et les techniques martiales vietnamiennes reçurent un éclat particulier et connurent une forte réputation. En effet, il s’agissait d’un véritable « âge d’or » des arts martiaux vietnamiens où de nombreuses écoles n’était pas réservées uniquement aux nobles et aux militaires mais aussi aux classes populaires. Des maîtres de la pratique martiale se réunissaient pour former l’ossature de l’armée populaire du Vietnam, qui vainquit par la suite trois fois la puissante armée de l’Empire Mongol. Malheureusement, cet essor dura jusqu’à la fin de cette dynastie puis s’effondra.

 

Répartition géographique et chute du Vo Thuat

L'armée Tay Son du VietnamLe Vietnam a ensuite connu les vicissitudes de l’histoire, de la deuxième occupation chinoise au XVe siècle à la libération, puis la guerre civile continuelle entre le nord et le sud du XVIe jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Les pratiques martiales se séparèrent en plusieurs courants ennemis selon le soutien apporté à l’une ou l’autre dynastie. Il existait ainsi une différenciation de plus en plus forte entre les pratiques, suivant leur implantation géographique, amenant à la création de styles bien spécifiques. Enfin, les armées Tay Son, conduits par Nguyen Hue, grâce à leur pratique martiale intelligemment utilisée, parvinrent à réunifier le pays. Le Vo Thuat retrouva sa valeur éducative pour l’individu en renforçant la composante philosophique et morale et en respectant un code d’honneur et de conduite strict. À cette époque apparurent des groupes très particuliers qui protégeaient secrètement les riches et les mandarins en maîtrisant les arts martiaux de haut niveau et leur permettant de s’introduire sans bruit en se fondant dans la nuit.

Le Vo Thuat se développait ensuite sous différentes formes lors de la forte extension territoriale du pays en direction du sud entre XVIIe et XIXe siècle. Durant l’occupation coloniale, les arts martiaux n’ont pas aidé les Vietnamiens à vaincre les Français, forts de leur puissance mécanique. De nombreux pratiquants n’hésitèrent pas à affronter les armes à feu avec leurs seules armes naturelles et trouvèrent ainsi la mort lors de ces combats. Le Vo Thuat se réfugia dans l’ombre durant la période de la colonisation et ne fut réhabilité que récemment.

Les écoles principales des arts martiaux vietnamiens

En se basant sur les courants historiques du Vietnam, les arts martiaux traditionnels ont pu être divisés en 5 écoles principales, ou « môn phai » en vietnamien. L’influence chinoise de plus de mille ans apporta les styles martiaux chinois, qui ont originellement été transmis aux Vietnamiens tout en conservant leur nom. Ceux-ci furent quelques peu modifiés pour s’adapter à la culture vietnamienne et au physique de la population locale. D’ailleurs, au fils des années, les arts martiaux vietnamiens ont suscité l’intérêt des étrangers dans de nombreux pays, notamment en Europe. La France est considérée comme l’un des pays majeurs à avoir reçu l’influence des arts martiaux vietnamiens, avec un grand nombre de styles pratiqués, à savoir 22, pour environ 30.000 fidèles. Mais dans cet article, nous nous concentrons sur les trois écoles originaires, principalement pratiquées de nos jours au Vietnam.

 

L’école d’arts martiaux de Bac Ha

Le nord du Viet Nam était considéré comme le berceau des arts martiaux vietnamiens étant donné que de nombreux concours martiaux de haut-niveau se déroulaient au cœur des cours féodales. Les groupes principaux de l’école Bac Ha se composent de :

  • La lutte libre

La lutte libre, l'un des arts martiaux du Vietnam

La lutte libre était et est particulièrement populaire dans les régions septentrionales et durant les festivals des villages. Les populations les organisaient à la fois pour se divertir mais aussi perfectionner leur esprit martial, leur discipline et leur capacité à protéger leur village et leur pays des invasions. Le catch de Lieu Doi est le plus renommé et a lieu annuellement au village de Lieu Doi dans la province de Ha Nam.

  • Le Vovinam, l'un des arts martiaux du VietnamLe Nhat Nam 

Il est originaire des provinces de Thanh Hoa et de Nghe An et connaît la plus longue histoire parmi les formes d’arts martiaux vietnamiens. De nombreux héros qui étaient originaires de ces régions ont mené des insurrections durant la première occupation chinoise. Les trois batailles face aux envahisseurs Mongols furent remportées grâce aux 100.000 soldats qui venaient de ces provinces.

  • Le Nam Hong Son 

Le Nam Hong Son fut fondé par Maître Nguyen Van To qui s’est formé aux arts martiaux traditionnels à la cour de la dynastie des Nguyen. Il apprit ensuite les techniques des écoles chinoises et les emprunta pour perfectionner la sienne. Ainsi, le Nam Hong Son est une combinaison flexible des traditions d’arts martiaux chinois et vietnamiens.

  • Viet Vo Dao (Vovinam)

Il fut fondé en 1936 par Maître Nguyen Loc dans le but de fournir aux pratiquants une méthode efficace de légitime défense et de révolution de l’esprit. Cette école constitue la plus grande et la plus développée au Vietnam et à l’étranger avec de nombreux étudiants dans plus de 60 pays dans le monde. Nguyen Loc pensait que les arts martiaux contribueraient à libérer le Vietnam, qui était gouverné à l’époque par la France, de toute domination extérieure. Il synthétisa les styles chinois de kung-fu, de sa propre connaissance des arts martiaux traditionnels vietnamiens et des éléments d’arts martiaux japonais et coréens en une pratique unique, le Vovinam.

 

L’école d’arts maritaux de Binh Dinh

Comme son nom l’indique, cette école provient de la province de Binh Dinh au centre du Vietnam, où éclata la rébellion Tay Son, considérée comme l’une des plus grandes guerres durant la période féodale du Vietnam. Il s’agit du lieu de naissance du général Nguyen Hue (par la suite le roi Quang Trung de la dynastie de Tay Son), de ses frères et de la plupart des soldats participant à la rébellion. Ils se sont formés aux pratiques martiales des maîtres célèbres venant du nord du Vietnam et de Chine qui s’étaient installé depuis le XVe siècle à Binh Dinh pour former la population locale aux arts martiaux.

Les arts martiaux de l'école de Binh Dinh

À la fin du XVIIIe siècle, les maîtres fondèrent à Binh Dinh une école originale et puissante consacrée aux arts martiaux Tay Son. Ceux-ci synthétisèrent les formes et les techniques de l’école Binh Dinh avec des techniques de combat. Leur devise principale est « Tout d’abord, fort. Puis, rapide. Et enfin, habile » souligne l’importance de la force, de la vitesse et de la dextérité. D’ailleurs, l’école de Binh Dinh se compose de nombreux styles pratiqués avec ou sans armes. Parmi lesquels, le style du village Thuan Truyen est célèbre pour sa pratique des armes tandis que celui du village d’An Vinh est réputé pour sa pratique sans armes. Ce dernier, avec son travail de la vitesse, est convient davantage aux femmes. Par contre, le style du village d’An Thai, utilise davantage la puissance, il est donc plus approprié aux hommes.

 

L’école d’arts martiaux du sud du Vietnam

La plus forte expansion territoriale vers le sud s’est déroulé durant le XVIIe siècle, au moment où a eut lieu la guerre civile et la division territoriale entre le nord et le sud. Les seigneurs Nguyen, occupant le centre-sud, étendirent leur territoire vers le sud et y déplacèrent les habitants des zones centrales pour défricher la terre vierge du delta de Mékong. Ils y déportèrent également des criminels. Afin de s’adapter aux conditions spécifiques du sud, se protéger contre les animaux sauvages et défricher les nouvelles terres arables, ces personnes ont appris à maîtriser des techniques défensives.

L'école d'arts martiaux du sud du Vietnam

À la fin du XVIIIe siècle, après avoir été vaincus par les armées Tay Son, les restes de l’armée Nguyen ont fui vers le sud pour se grouper dans la région de Dong Nai, Là, ils ont recruté des maîtres d’arts martiaux et formèrent les habitants aux pratiques martiales pour créer une nouvelle armée de vengeance. Après la fondation des Nguyen en 1802, de nombreux habitants de cette région passèrent les examens en arts martiaux et eurent une longue carrière militaire. Il existe des styles martiaux célèbres de la région méridionale tels que le Tan Khanh – Ba Tra, le That Son Quyen pratiqué par des moines, le Yin-Yang et le Kim Ke.

Les concours internationaux d'arts martiaux

De nos jours, le Vo Thuat est largement pratiqué dans tout le pays en permettant de fortifier le corps autant que l’esprit, de mieux faire face aux difficultés de la vie. Les concours des arts martiaux sont organisés pour préserver ce trésor, rendre hommage aux ancêtres, tout en cherchant à promouvoir l’identité culturelle vietnamienne au monde entier. Le Vovinam et certains autres arts maritaux sont introduits en tant que sports officiels aux Jeux d’Asie du Sud-Est et dans les événements sportifs régionaux et internationaux.

 

Et pour découvrir les arts martiaux vietnamiens sur place :
>>> La grande traversée du Vietnam
>>> Le Vietnam : Une mosaïque de cultures
>>> Une découverte du Vietnam en famille

 

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