Les femmes au visage tatoué de Birmanie

Les visages tatoués de Birmanie

Femme de la tribu Magan

Lorsque l’on parle de l’Asie du Sud-Est, l’un des traits typiques qui vient à l’esprit est la diversité ethnique. Les ethnies minoritaires se caractérisent par leurs ensembles de traditions fortement ancrées et leurs codes culturels bien définis. Ces populations se distinguent même entre elles par leurs codes vestimentaires, leurs coutumes rituelles, leur habitat, leur langue et les marques identitaires visibles sur leurs corps. En Birmanie, il existe de nombreuses traditions distinctives, comme le thanaka ou le cheroot.

Pour en savoir plus sur le cheroot >>>

Pour en savoir plus sur le thanaka de Birmanie >>>

Parmi les 135 groupes ethniques distincts de la Birmanie, l’ethnie Chin, installée dans l’état du même nom à l’ouest du pays est connue pour une tradition très particulière : les tatouages traditionnels du visage. Afin de comprendre cette tradition tribale mystérieuse, nous vous emmenons dans la région de Chin, à la rencontre des femmes aux visages tatoués.

Les légendes des tatouages faciaux

Le tatouage est une pratique ancienne en Birmanie. Autrefois, les soldats Birmans se tatouaient le visage afin d’impressionner leurs adversaires au combat et de se donner du courage. Les symboles étaient tatoués sur leur nuque pour identifier la troupe à laquelle ils appartenaient. Les femmes, quant à elles, portaient aussi des tatouages faciaux. Il existe diverses légendes expliquant pourquoi les femmes se tatouaient le visage.

Le mode de vie dans les tribus birmanes

Le folklore des Chin suppose que les marques faciales étaient utilisées pour rendre les femmes moins attrayantes. Cela décourageaient notamment les rois féodaux à kidnapper les jeunes femmes du village, puis lors de la colonisation, de repousser les Britanniques qui cherchaient à les agresser. Au cas où elles seraient kidnappées, les encrages devenaient un signe pour distinguer les femmes Chin des femmes des autres tribus. Pourtant, selon une autre légende, les tatouages étaient un symbole de la beauté féminine et du courage, permettant aux jeunes femmes de trouver un mari riche. La dernière légende est associée à une ancienne tradition religieuse. Dès la colonisation britannique à la fin du XIXe siècle, la plupart des Chin pratiquaient un mélange de christianisme et d’animisme. Petit à petit, les pasteurs locaux commencèrent à expliquer aux locaux que seuls ceux qui portent des tatouages faciaux gagneraient leur accès au paradis après leur mort.

Une femme au visage tatoué

Cependant, ces légendes sont toujours entourée de mystère puisqu’il n’existe aucun récit qui permettant de déterminer quel est le véritable objectif de cette tradition. Quoi qu’il en soit, au fil du temps, les tatouages supposés rendre les femmes indésirables sont devenus un signe de beauté pour toutes les femmes de l’ancienne génération. Ces marques ethniques font également partie intégrante de la culture indigène et constituent une fierté chez les femmes Chin.

Les visages tatoués, bien plus qu’une pratique esthétique

En plus de l’embellissement du corps et de l’identité de groupe, cette coutume traditionnelle montre le mode de vie unique des tribus birmanes en harmonie avec la nature. La pratique traditionnelle du tatouage consistait à marquer le visage avec des motifs ineffaçables en perçant la peau avec une grosse épine pointue d’une plante locale, trempée dans une encre naturelle. Ce pigment était un mélange de bile de bœuf, de suie, de plante, et de graisse de porc. La suie agit comme un désinfectant et les pousses d’herbe ajoutées à la fin agissent comme un bandage naturel.

Les épines pour la confection du tatouage

L’application des tatouages était extrêmement douloureuse, en particulier la scarification sur la zone sensible des paupières. Des épines aigues piquaient leur visage des centaines de fois tout au long d’une journée, voire jusqu’à deux jours en fonction de la complexité. Traditionnellement, cette coutume était effectuée sur les filles âgées de 11 à 15 ans et, après cette cérémonie, elles furent considérées comme des adultes. Avec une variété de styles et de conceptions, les marquages détaillés ont une signification culturelle profondément ancrée.

Un groupe de femmes et leurs tatouages faciaux

Il existe de nombreux motifs faciaux et chacun diffère de l’autre en fonction des sous-groupes de Chin. Le tatouage des femmes Muun est le plus facilement identifiable avec de grands motifs en forme de lettre D en boucle sur les joues et de lettre Y sur le front. Les demi-cercles présents sur leurs joues représentent la lune. Les lignes verticales du nez et du menton sont les rayons du soleil et les points représentent les étoiles. La tribu Uppriu, quant à elle, possède l’un des tatouages les plus impressionnants. Le visage des femmes est entièrement recouvert de points noirs, ce qui les laisse avec un visage noirci. Pour les Chin, leur marque faciale ressemble à une toile d’araignée qui était considérée comme un signe de charme. Les tatouages de ces formes captiveraient les hommes tout comme les toiles d’araignées attrapent des insectes.

Les dernières femmes aux visages tatoués dans l’état Chin

La coutume a perduré jusqu’aux années 60, mais après le coup d’État, le gouvernement de la junte militaire interdit la pratique du tatouage du visage dans la région de Chin. Elle fut considérée comme une tradition barbare et des politiques de modernisation étaient imposées, visant à assimiler les minorités ethniques. De ce fait, le tatouage ethnique est de moins en moins pratiqué, et il est difficile de définir le nombre précis d’ethnies le pratiquant encore. La majorité de femmes aux visages tatoués vivent dans les régions reculées de l’état Chin telles que le village de Mindat et les villages sur la montagne Victoria.

Les personnes âgées portent le tatouage facial

En effet, l’interdiction fut assouplie après le soulèvement en faveur de la démocratie en 1988. Cependant, on ne sait pas combien de jeunes femmes décideront de se faire tatouer, puisque la culture des locaux a quelque peu changée. Avec l’accès croissant au monde extérieur, les jeunes sont embarrassés par cette coutume ancestrale et trouvent les tatouages de leurs grand-mères désuets. Par conséquent, les femmes âgées de plus de 60 ans sont presque les seules à porter les tatouages faciaux traditionnels avec fierté et grâce. Cette tradition unique n’est vivante que grâce à elles. Mais après leur départ, leur tradition, qui était si précieuse auparavant, ne se retrouvera bientôt plus que dans les livres d’histoire et les photographies.

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