Le tissage de la soie au Cambodge

L’art du tissage de la soie cambodgien

Visiter le Cambodge ce n’est pas seulement découvrir l’architecture angkorienne, mais aussi comprendre la sensibilité des Cambodgiens pour l’artisanat. De la sculpture de pierre, en passant par l’argenterie ou encore le tissage de la soie. En effet, le Cambodge a une grande tradition du tissage de la soie, une forme d’art antique remontant à plusieurs siècles. La production textile moderne témoigne de ce passé prestigieux : les motifs trouvés sur la soie aujourd’hui font écho aux détails vestimentaires des bas-reliefs en pierre de l’ensemble d’Angkor Wat dès le XIIIe siècle.

Les femmes cambodgiennes sur les bas-reliefs d'Angkor

L’ancienne industrie de la soie cambodgienne, a évolué pour devenir l’une des plus raffinées du monde au XIXe siècle et était censée dominer l’industrie textile d’Asie du Sud-Est. Mais ce grand rêve s’est effondré au cours de la sanglante période des Khmers Rouges. Malgré les hauts et les bas de l’histoire, le tissage de la soie du Cambodge renaît progressivement en conservant sa finesse et ses valeurs historiques.

Une petite histoire du tissage de la soie au Cambodge

En plus des sculptures sur les vestiges de l’empire khmer, ce métier ancestral est aussi présent dans les récits de Zhou Daguan, un ambassadeur chinois, qui se rendit chez les Khmers au XIIIe siècle. Durant son séjour d’un an, il a notamment rapporté les activités de tissage des locaux, résidant sur les bords du fleuve Mékong. Et plus particulièrement la culture des mûriers pour nourrir les cocons des vers à soie, essentiels dans la conception de vêtements. Les habitants tissaient alors eux-mêmes leurs vêtements à partir de soie et notamment le krama, un foulard traditionnel du Cambodge, fait de coton.

Elevage des vers à soie au Cambodge

>>>Pour en savoir plus sur le krama, emblème éternel du Cambodge

Le tissage cambodgien était à son apogée à l’époque grâce à la fabrication de la « soie dorée », considérée comme un emblème national du Cambodge pour sa pureté et son toucher doux. Avec leur couleur jaune naturelle et leur surface lumineuse, les fils de soie dorés donnèrent un lustre délicat aux costumes traditionnels. Le tissage de la soie au Cambodge était réputé dans le monde entier, du XIXe siècle jusqu’à l’établissement du régime Khmer Rouge dans les années 1970, cette technique du tissage s’était alors répandue à Battambang, Siem Reap, Banteay Mean Chey et sur les bords du Tonlé Sap, le plus grand lac d’Asie du Sud-Est.

La tissage de la soie au Cambodge

Au fur et à mesure de l’évolution des compétences, de nouvelles techniques de tissage furent inventées pour produire des motifs vestimentaires uniques. Ainsi, il existe deux techniques de tissage principales au Cambodge. La première est le « twill inégal », permettant d’obtenir des tissus à armure sergé : les fils de chaine et de trame se croisent en décalé, de sorte que des diagonales apparaissent sur le tissu. D’ailleurs, cette technique est réalisée de manière à ce que la couleur d’un fil domine sur un côté du tissu tandis que les deux autres dominent l’envers. La deuxième technique, appelée « ikat », est plus compliquée et sophistiquée, mais est considérée comme la quintessence de l’artisanat du tissage.

La technique de tissage ikat

L’ikat est populairement utilisée pour concevoir les célèbres motifs « Hôl ». Signifiant « nouer » en indonésien, elle est une méthode particulière de teinture par ligature sur les fils de trame avant le tissage. Il faut donc bien évaluer la quantité de fils utilisés et leur positionnement car c’est la juxtaposition des fils correctement teints qui créera le motif. Les fils de trame sont posés sur un cadre, noués par endroits, puis passés dans des bains successifs de teintures naturelles. Les parties nouées sont préservées de la teinture et c’est ce qui donnera une forme complexe d’une grande finesse au motif une fois les nœuds retirés. Ces fils sont ensuite reportés sur des bobines et passés sur une chaîne de tissage.

Le "Ikat", technique de tissage de la soie

Traditionnellement, les tissus ikat possèdent des motifs compliqués et sophistiqués symbolisant richesse et prestige. Certaines pièces font intervenir différentes couleurs et représentent des scènes historiques. Ainsi, cette technique fut poussée au rang de discipline artistique au Cambodge, demandant beaucoup de temps, de patience et d’habileté lors de sa confection. Le Pidan est considéré comme l’ikat le plus compliqué et raffiné. Il s’agit d’un ornement mural destiné aux cérémonies religieuses et présentant divers motifs tels que des temples, des scènes de la vie de Bouddha, des Apsaras, des nagas, des éléphants  ou encore des lions. Certaines pièces de Pidan, en particulier les plus anciennes, possèdent des motifs uniques qui ne se répètent jamais sur toute leur longueur, de véritables trésors de patience et d’ingéniosité. La technique ikat est également appliquée dans la fabrication du sarong traditionnel du Cambodge, le sampot. Les hommes portent le « sampot hol kaban »,  les femmes quant à elles portent le « sampot hol ».

Le Pidan, la finesse des tissus de soie au Cambodge

>>>Découvrir les nymphes célestes Apsaras et leur danse mythique

Le tissage de la soie se pratique encore aujourd’hui dans les provinces de Kampong Cham (à Koh Sotin et Prêk Changkran), de Takéo (à Prey Kabbas), de Battambang (à Phnom Srok), de Kandal (à Srok Khsach Kandal) et sur l’île de la soie Koh Dach dans la capitale Phnom Penh. Bref, bien qu’Angkor soit un imposant trésor cambodgien, il existe de nombreuses petites pépites, d’un raffinement extraordinaire que nous vous proposons d’expérimenter et de découvrir !

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