Zone démilitarisée du Vietnam

Découvrir l’ancienne zone démilitarisée du Vietnam

La zone démilitarisée et le pont Hien Luong

Qui dit DMZ, dit zone sensible. En effet, en termes militaires, la DMZ ou la zone démilitarisée est une zone, généralement à la frontière entre deux nations, puissances militaires ou groupes rivaux, dans laquelle toute activité militaire est interdite par le traité de paix, l’armistice ou autre accord bilatéral. Au Centre du Vietnam, à l’extrême nord de la province de Quang Tri abritait une ligne de démarcation séparant le Nord et le Sud du Vietnam, allant de la frontière du Laos à la côte. Cette ligne fut fixée au 17e parallèle nord, traversant la rivière de Ben Hai. Pour ceux qui s’intéressent à la société, à l’histoire et à la politique lors de leur voyage, une visite de la province de Quang Tri et de sa zone démilitarisée, constitue une bonne occasion pour en apprendre plus sur la guerre du Vietnam ou la seconde guerre d’Indochine.

Une brève introduction de la zone démilitarisée vietnamienne

La guerre du Vietnam trouve son origine dans la guerre d’Indochine Française ou la première guerre d’Indochine, qui s’est déroulée dans les années 40 et 50, lorsque les groupes communistes Viet Minh de Ho Chi Minh combattirent le régime colonial du Japon, puis de la France. La guerre d’Indochine française éclata en 1946 et dura pendant 9 ans. Jusqu’en 1954, après la défaite française contre le Viet Minh lors de la bataille de Dien Bien Phu, les Français arrivèrent au terme de leur domination en Indochine.

Les drapeaux des deux pays se font faceEn effet, la bataille conduisit à l’accord de Genève en 1954, dans lequel les groupes rivaux doivent cesser le feu et se désarmer. Le 17e parallèle nord fut donc établi comme ligne de démarcation temporaire séparant les forces militaires françaises et vietnamiennes. Au nord de la ligne se trouvait la République démocratique du Vietnam, ou Nord-Vietnam, qui était sous le contrôle total du Parti communiste vietnamien, dirigé par Ho Chi Minh. Dans le Sud, les Français transfèrent l’essentiel de leur pouvoir à l’État du Vietnam, qui était sous l’autorité de l’ancien empereur Bao Dai. Des élections devaient avoir lieu dans tout le pays deux ans plus tard pour mettre en place un gouvernement unifié.

Cependant, elles ne furent jamais tenues. Les Etats-Unis lancèrent un programme d’assistance à l’État du Vietnam, ou Sud-Vietnam, tout en s’engageant à enrayer la propagation du communisme. En s’apercevant de leur intention de séparer le Vietnam en deux pays distincts, le Nord-Vietnam installa secrètement leurs agents politiques et propagandistes dans le Sud, qui étaient appelés par la suite Viet Cong. Par conséquent,  la guerre du Vietnam, ou la seconde guerre d’Indochine, éclata et dura pendant 21 ans pour la réunification nationale finale en 1975. La zone démilitarisée et la province de Quang Tri en général sont donc devenues l’un des champs de bataille les plus sanglant de l’histoire du Vietnam.

Que voir dans la zone démilitarisée vietnamienne ?

Après la chute de Saigon en 1975, la guerre prit fin et la zone démilitarisée n’avait plus de signification militaire. Les monuments historiques résistent pourtant à l’épreuve du temps pour rappeler le passé tragique mais finalement victorieux du pays.

Le pont de Hien Luong, point chaud de la zone démilitarisée

Le Nord et le Sud étaient séparés par la rivière de Ben Hai, à travers laquelle les Français construisirent un pont pour faciliter le déplacement en 1952. Lors de la partition du Vietnam, le pont de Hien Luong se situait au milieu de la DMZ et était peint de deux couleurs différentes. Ce pont témoigna du désir de victoire et la conviction des Vietnamiens vivant tant dans le Nord que dans le Sud pour la paix et l’unification. Là, il n’existait pas de combats avec armes, mais des combats d’esprits.

Le pont Hien Luong de nos jours

Cela commença lors de la construction des tours de drapeau sur les deux rives dont leur hauteur et leur largueur augmentèrent constamment au cours des années. En effet, aucun d’entre eux ne voulait que son drapeau soit plus bas que celui de l’adversaire. Finalement, la tour de drapeau sur la rive nord était plus haute avec 38,6m et un drapeau de 138m2. Le grand drapeau volant sur le territoire vietnamien renforça la confiance des habitants du Sud sur la réunification du pays.

La propagande dans la zone démilitarisée

En plus de cela, les grands systèmes de haut-parleurs furent également installés le long des deux rives en diffusant chaque jour les propagandes ou les nouvelles politiques défavorables à l’adversaire. Aujourd’hui, le pont de deux couleurs, la grande tour de drapeau et les haut-parleurs existent toujours sur la rive nord. Au bout du pont, sur la rive sud se trouve une grande statue, baptisée « Désir d’un pays unifié », d’une femme et son fils attendant le retour de leur mari et père.

Les tunnels de Vinh Moc

Le tunnel de Vinh Moc

En fait, la DMZ était un contraste frappant avec ce qui s’est réellement passé dans cette région. La région environnante a connu certains des combats les plus violents de la guerre du Vietnam. En 1965, lorsque les troupes américains attaquèrent le nord, certaines zones, telles que Vinh Moc, furent qualifiées de « zone de tir libre », dans laquelle les soldats furent autorisés à lancer des frappes d’artilleries et aériennes.

Le tunnel de Vinh Moc du district de Vinh Linh était l’un des 114 tunnels souterrains construits en tant qu’abris anti-bombes et zones de stockage de nourriture et d’armes. Le tunnel de 3 étages, construit en 1965 et 1966, protégèrent jusqu’à 1200 personnes des bombardements continus. Ce labyrinthe spectaculaire est un incroyable témoin du travail humain, de l’ingénierie et de la persévérance des Vietnamiens.

>>> Les tunnels de Cu Chi, secret d’un monde souterrain

Le site du siège de Khe Sanh

Khe Sanh se trouvait au sud de la zone démilitarisée, près de la frontière laotienne, et constitua le plus grand et sanguinaire champs de bataille durant la guerre du Vietnam. C’est où était installé le centre de commandement de la barrière électrique anti-infiltration McNamara, contenant des armes modernes, toxiques, chimiques et des équipements détectant le déplacement des Vietnamiens.

Les Américains lors du siège de Khe Sanh

Les Américains construisirent la barrière et la base de combat près de la piste de Ho Chi Minh, une voie de transport secrètement construit par le Nord-Vietnam et le Viet Cong, pour assurer le ravitaillement en nourriture et en matériel ainsi que le déplacement de l’armée du Nord dans le Sud. Ainsi, la destruction de cette base de combat, pour les forces vietnamiennes, pourrait enlever un obstacle conséquent sur leur marche offensive vers le Sud. La bataille de Khe Sanh fut considérée comme la deuxième bataille de Dien Bien Phu.

Le musée du siège de Khe Sanh

La bataille opposa le corps des Marines américains à l’Armée populaire du Vietnam et le Viet Cong et se déroula au début de l’année 1968. Les attaques d’artillerie et les bombardements brutaux se sont poursuivies intensément pendant 77 jours et prirent fin avec la mort de dizaines des milliers de personnes, dont la plupart était issus de la force vietnamienne. Le résultat était indécis et les deux côtés revendiquèrent la victoire. Cependant, le siège de Khe Sanh fut brisé et l’armée vietnamienne pris le contrôle de la zone après le retrait américain. Aujourd’hui, le site est occupé par le Musée de la Victoire de Khe Sanh, qui expose des histoires et des anciennes photos fascinantes de la bataille. À côté de celui-ci se trouve également l’aéroport de Ta Con avec des avions américains abattus et les vestiges du siège.

Le ravitaillement par la piste Ho Chi MinhLa piste de Ho Chi Minh au travers de la zone démilitarisée

La légendaire piste de Ho Chi Minh, ou la piste de Truong Son, était un réseau élaboré de voies de différentes tailles, à travers la montagne et la jungle, d’une longueur totale d’environ 2.000 km le long de la chaîne montagneuse de Truong Son. Il s’agissait de la principale ligne de ravitaillement entre le Nord-Vietnam et le Viet Cong au Sud. Pendant la guerre, le transport s’est fait par portage ou sur des bicyclettes renforcées pour supporter une charge de 250kg et poussées par les civils. 6000 jours de construction et d’entretien ont été nécessaires pour maintenir cette artère et plus de 10.000 personnes y perdirent la vie.

Ainsi, le cimetière national de Truong Son dans le district de Giao Linh fut construit en 1973 afin de rendre hommage à ceux qui sont morts pour la libération nationale et la réunification. Elle accueille au total 33.000 tombes de soldats et de martyrs, dont seuls 13.000 ont été retrouvés. Les autres sont toujours portés disparus ou perdus à cause des bombes ou des mines.

Le cimetière Truong Son

La guerre qu’a connu le Vietnam au XXe siècle a profondément meurtri et façonné l’identité actuelle du pays. La zone démilitarisée est donc l’un nombreux lieux de mémoire à travers tout le pays rappelant les événements de l’histoire et l’importance de la paix. Sa visite permet d’imaginer et de visualiser le chaos qui y devait régner. Se retrouver entre les chars et les bunkers américains, en pleine guerre du Vietnam.

Et pour découvrir les vestiges de la guerre du Vietnam pendant votre voyage : Carnets d’Asie

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