La chique du bétel chez les Vietnamiens

La chique du bétel, une tradition vietnamienne ancestrale

« Les feuilles de bétel et les noix d’arec commencent une conversation » est un proverbe populaire des Vietnamiens désignant une coutume traditionnelle lors des événements importants : la chique du bétel. En effet, les Vietnamiens avaient l’habitude de mâcher le bétel depuis la nuit des temps. Autrefois, on servait le bétel aux invités lors des visites au lieu du thé comme aujourd’hui. Et ce genre de « chewing-gum » était consommé quotidiennement par les anciens Vietnamiens. Jusqu’à aujourd’hui, malgré sa consommation plus rare, le bétel et les noix d’arec figurent parmi les offrandes indispensables lors des festivals, fiançailles, mariages et autres cérémonies importantes.

Le plateau d'offrandes lors d'un mariage vietnamien

La culture millénaire du bétel et de la noix d’arec

Cette coutume est associée à une légende durant le règne des rois Hung qui date de plusieurs milliers d’années. L’histoire commence avec deux frères jumeaux orphelins vivant ensemble avec la femme de l’aîné. Un jour, alors que la femme accueillait les deux frères rentrant du travail, elle fit une erreur, prenant le cadet pour son époux, la femme lui manifesta alors son affection. En s’apercevant de cela, l’aîné avait des soupçons sur la fidélité de sa femme et de son frère. Déçu de la méfiance et de la froideur de son frère, le cadet quitta la maison et mourut en se transformant en un bloc de pierre. Après la disparition du cadet, l’aîné le chercha et par un coup de sort, mourut de fatigue près du bloc de pierre. Il s’est à son tour transformé en plante d’arec. Finalement, la femme partit à la recherche de son mari et trouva l’endroit où les frères furent décédés. En s’effondrant de désespoir, elle est devenue une vigne de bétel grimpant autour de la plante d’arec.

La chique de bétel dans le passé

La légende symbolise donc des liens étroits qui unissent l’amour et le mariage et explique l’utilisation du bétel avec la chaux et la noix d’arec. Ainsi, cette trilogie constitue un cadeau indispensable dans les mariages des Vietnamiens.

La chique du bétel chez les Vietnamiens

En réalité, on sait que la coutume de la laque des dents et de la chique du bétel chez les anciens Vietnamiens date d’il y a plusieurs milliers d’années. La laque des dents était une coutume typique des locaux pour se distinguer des Chinois, se protéger des mauvais esprits et constituait particulièrement à l’époque une marque de beauté. Après le laquage, pour garder les dents toujours sombres, les locaux mâchaient quotidiennement le bétel avec la noix d’arec. La chique pendant des heures libère lentement un liquide rouge rendant les lèvres rosées et diffusant une odeur agréable rafraîchissant l’haleine. Ainsi, la chique du bétel était considérée à l’époque comme un symbole de beauté lorsque les femmes souriaient en révélant des dents noires et des lèvres rouges.

Comment consommer le bétel et de la noix d’arec ?

Pour préparer le bétel, il suffit : d’un morceau de noix d’arec tranché de la taille d’une bouchée, enroulé dans une feuille de bétel avec un peu pâte de chaux et un morceau d’écorce d’un arbre spécifique. En fonction des régions, il est possible d’ajouter d’autres ingrédients tels que l’écorce de cannelle, le tabac, etc.  Tous sont mâchés ensemble, ils offrent des goûts spéciaux : piquant (noix d’arec), sucré (feuille de bétel), amer (écorce) et chaud (pâte de chaux). Le mélange est mis sur le côté de la bouche entre la joue et la mâchoire et mâché pendant des heures en libérant un jus rouge assez frais. Lorsque le mélange est insipide, on le recrache plutôt que de l’avaler.

Un plateau à bétel richement décoré

Étant autrefois une « collation » populaire consommée tout au long de la journée, les Vietnamiens apportaient les noix d’arec bien enroulées dans leurs poches. Ils avaient même un petit sac contenant ces « chewing-gum » suspendu à la ceinture. Chez eux, il existait toujours un plateau de bétel dans leur salon dans lequel on mettait des ingrédients et des petits outils de préparation tels qu’un couteau pour fendre les noix d’arec et un petit bâton pour mettre la chaux sur la feuille de bétel. Dans les familles nobles ou les familles aisées, ce plateau était fabriqué en cuivre ou en bois et sculpté avec des motifs très sophistiqués. Aujourd’hui, on peut voir de nombreux beaux plateaux de bétel laqués vendus dans les magasins comme souvenir.

La chique d’aujourd’hui

Aujourd’hui, cette coutume se limite aux campagnes et seules les vieilles femmes chiquent encore. Malgré sa consommation plus rare, la chique du bétel constitue un symbole culturel toujours présent dans la vie spirituelle des Vietnamiens. Un plateau de bétel et de noix d’arecs minutieusement préparés en forme d’ailes de phénix fait partie des cadeaux de la famille du marié à celle de la mariée. Il est également indispensable dans les offrandes du culte aux ancêtres. Lors des fêtes ou des réunions de village, les chiques de bétel doivent être préparées pour tout le monde bien que peu de gens les consomment encore.

Spectacle Quan Ho

Il existe encore les villages préservant à merveille cette coutume millénaire, comme au village de Phu Le où la quasi-totalité des villageois, hommes et femmes, vieux et jeunes, chiquent le bétel. Ou lors du festival de Lim, le plus grand festival de Quan ho (chant alterné) à Bac Ninh, les chanteuses offrent toujours aux invités de la chique de bétel avant d’assister au spectacle de chants Quan Ho. Ainsi, le temps passe mais cette coutume est toujours l’une des beautés culturelle du Vietnam.

Lors d’une balade dans la campagne vietnamienne, particulièrement au nord, et d’une nuit chez l’habitant, vous aurez sans doute l’occasion de vous essayer à la chique de bétel. Une expérience tout à fait unique qui ne manquera pas d’étonner vos hôtes !

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